
Bergerie
Récit épique et pictural des aventures d'un francilien ayant partagé six mois de la vie des bergers dans les Alpes françaises - mai 2006 - octobre 2006
Benjamin et Réglisse
Benjamin et Clochette
J'ai eu récemment des nouvelles téléphoniques du berger qui, depuis quelques temps, cherche à répondre à une question : être ou ne pas être? On la connaît, celle-là, voilà des siècles qu'elle est répétée sans réponse. Benjamin en est au même point, à son tour : être berger, ou ne pas être berger? Vivre avec les animaux, dont la personnalité cyclothymique l'ennuie parfois, ou rejoindre la paix des végétaux, au cycle éternel? Pas facile de trouver du temps lorsqu'on doit descendre et remonter les pâturages de ces demoiselles les brebis qui prennent un malin plaisir à s'éloigner du troupeau... Le soir, c'est l'heure de la traite, pas de la quête. La nuit, on dort, et le matin, rebelotte...
Quelles options pour notre berger : poursuivre sa formation jusqu'en avril 2007, voire la prolonger d'un certificat de berger (et non simplement d'aide-berger) en juin 2007; ou bien quitter dans deux semaines, après avoir vécu une expérience enrichissante à tous points de vues... (En effet, il y avait matière à s'enrichir, je crois que c'est la plus forte période initiatique qu'ait connue Benjamin...)
S'il quitte sa formation, notre ex futur pistou a de nombreux choix, dont un retour possible vers des missions humanitaires en Afrique ou au Pakistan, aux côtés de sa compagne Fanny. Pays pour lesquels Benjamin a en ce moment un avant-goût du confort matériel.
Affaire à suivre...
Mail envoyé par Fanny :
Voici quelques nouvelles de Benjamin:
Il habite à proximité d'une ville appelée la Brigue, à quelques minutes de la frontière italienne chez Gisèle et Pascal, deux hippies, vrai de vrai, des soixante huitard qui n'ont jamais abandonné leurs idées. Elle est infirmère de formation, et aujourd'hui responsable de toute la partie fromage de "l'exploitation". Lui, 19 ans en 1968, a tenté trois premières années de médecine avant de se lancer dans l'urbanisme, je crois, puis de fonder une première communauté dans le Vars, laquelle a implosé. Il a alors migré vers le Sud pour s'installer à la Brigue.
Côté élevage, il doit y avoir un joyeux mélange d'une centaine de bêtes, des brigasques, comme ont dit, avec quelques biques pour diversifier! C'est une race rustique, absolument pas calibrée pour la traite, ce qui procure quelques difficultés de manutention à Benjamin: il faut environ quinze jours pour bien maîtriser l'art de la traite. Pour l'instant, il arrive a récolter un demi seau quant il n'y a pas d'incidents (du style, une brebis qui renverse tout ou pire... )
D'après ce que dit Benjamin, le style de vie est assez simple et "nature": tout est chauffé et cuit au feu de bois dans une grande cheminée centrale... Du coup, il ne faut pas être pressé de petit-déjeuner le matin avant la traite! Pas d'éclairage, sinon de grosses bougies achetée en Italie qui donnent paraît-il une jolie lumière. La chambre est sous les comble, partagée à trois selon les jours, ou plutôt les nuits.
Après la première traite (il y en a deux par jour), c'est la conduite du troupeau en pâturage. Aidé par deux des quatre chiens, c'est depuis avant-hier Benjamin qui en est responsable: il faut conduire le troupeau d'un point à un autre, vers les vertes prairies. Ce n'est pas évident car les chiens ne sont pas encore trés habitués à recevoir ses ordre et accourent vers Pascal dés qu'il apparaît où qu'ils entendent sa voiture (ne me demande pas ce que c'est, je n'ai pas retenu!). A midi, il déjeûne d'un casse croûte et rentre l'après midi avec ou sans le troupeau, ça dépend si les brebis connaissent le chemin du retour et si le coin est sans dangers pour elles. Puis, on prépare la bergerie pour le retour, du foin, un mélange de céréales et vers 20h30 la deuxième traite. Après ça, repas du soir avec tous les autres (la quinzaine de personnes qui vont et viennent dans la communauté, qui s'occupent d'activités diverses, genre atelier de bois, association de construction selon les méthodes traditionnelles de la région etc.) et discussion animée sur l'état du monde et la manière d'améliorer les choses!
Benjamin a trouvé un joueur de banjo, je ne me souviens plus de son nom, un jeune qui s'occupe aussi de la bergerie avec lequel il s'entend bien.
La vie n'est pas sans dangers: un loup rôde dans les environs, il faut être vigilant! et contient son lot d'émotions fortes: dés le deuxième jour, deux agneaux ont été sacrifiés pour nourrir tout ce petit monde. Ca fait beaucoup de choses a raconter, certainement un énorme dépaysement pour Benjamin, mais il a l'air de bien s'y plaire, d'y trouver ses marques et un rythme moins stressant. (même si depuis deux jours le temps est à la pluie!) Mardi, il commence la formation théorique à Aix en Provence: lever à quatre heures du mat' pour être à 9 h là bas...
Extrait de conversation fourni (et romancé) par GeLeAck :
"Que ferait un berger sans flûte? Puisque je me dirige vers le sud je vais aller à villes sur Auzon voir le facteur de flûtes (de concerts) et m'entendre avec lui sur un prix du 19è siecle puisque c'est à cette époque que je vais vivre... un moment!
C'est naturellement dans mon style, dès mon arrivée je tombe sur Bolton (NDLR : facteur de flûtes): il était temps, il partait! Avons bavardé... ah le passé, que de souvenirs : le film de mes 10 ans fait avec Mutti... quant au prix nous en reparlerons."
Mail reçu le 25 avril à 16h21
"Nous avons eu des nouvelles de Benjamin ce midi ; il était en train de garder ses moutons, en compagnie d’une chienne nommée «Colline». Il est hébergé chez ses «patrons» provisoires, qui font partie d’une ancienne (?) communauté hippie… Il fait chambre commune avec au moins 2 des 3 ou 4 autres enfants (grands) du couple ; le repas d’hier soir s’est déroulé au milieu d’une quinzaine de personnes plus ou moins identifiées, mais appartenant sans doute au reste de la communauté. Comme cela se doit, pas d’électricité, mais des panneaux solaires (Ils sont conscients de la difficile question du futur recyclage…) et, de temps en temps, un générateur… la cuisine se faisant dans l’âtre ; et, bien sûr ni réfrigérateur ni congélateur, lesquels exigent leur ration continue d’électricité. [...] Ce soir, 1ère séance de traite des brebis… à la main… évidemment…"
Benjamin est arrivé avec Fanny à Nice. Temps idéal et montagnes enneigées.
Texto 22h35 : "Bien arrivés dans B&B rupin de Nice à bientôt bon dimanche! Effebé"
(Blandine)

Benjamin prend demain matin la route pour le Mercantour, certains d’entre vous ne le reverront pas avant plusieurs mois (sauf imprévu…)
Pour ceux qui sont plus ou moins au courant, et plutôt moins, il suit une formation d’aide-berger d’une durée d’un an (En qualité de salarié en formation) La plupart du temps, il sera en alpages, entouré de brebis dès potron-minet.
A bientôt !