23 juin 2006


Bergerie Posted by Picasa

Brebis brigasque Posted by Picasa

18 juin 2006

Casterino

Benjamin nous informe qu'il poursuit sa formation d'aide-berger jusqu'au 24 avril 2007, et qu'il complètera le tout par un diplôme de berger en deux mois, qui lui permettra d'effectuer des estives en s'occupant de troupeaux dont on lui confie la garde complète.

Ce type d'apprentissage en tant que "salarié en formation" lui permet d'appliquer immédiatement les quelques théories qui constituent ses stages, et, vice-versa, d'apprendre sur le terrain d'autres éléments qu'il ne voit pas en cours. Ses codisciples sont de tous horizons, de niveau brevet à bac+3 (lui-même, et il est le seul en troupeau à lait), et il croise également des bergers qui décident de compléter leurs connaissances par la formation. En effet, certains cours ne s'apprennent que difficilement sur le tas, notamment la partie vétérinaire.
Benjamin étudie également, entre autres, le dressage des chiens, qui sont divisés en deux catégories : les patous, au centre, veillent à ce qu'aucun élément étranger ne pénètre dans le troupeau. Méfiez-vous si vous êtes cycliste, ou promeneur, à ne jamais passer entre deux brebis, vous risqueriez de le regretter si le berger n'arrête pas assez vite son chien... Les border collie, sur les côtés, rassemblent le troupeau et sont également capables de séparer les brebis blanches des brebis noires, ou les chèvres des brebis, etc.

Benjamin loge en ce moment à Casterino, au-dessus de St Dalmas de Tende, pour le mois de juin. Quelques chiffres : la bergerie est à 1600m d'altitude. Une brebis produit 1/2L de lait par jour, et il y a 150 brebis dans le troupeau. A titre de comparaison pour le lait, une chèvre en produit 1L à 1L et demi, et la vache de type Abondance... 20L.
Les troupeaux à lait n'excèdent pas 300 brebis, et déjà les bergers les plus anciens ont de douloureux problèmes aux mains (dursification de la gaine des tendons) qui ne peuvent se résoudre que par la chirurgie. Les troupeaux à viande, eux, peuvent atteindre 2000 têtes environ. Le fromage se vend entre 12 et 15€ le kilo, un prix qui n'est dû qu'à l'absence de trayeuses. En effet, si vous souhaitez épargner les mains des bergers, vous installez un groupe de trayeuses par alpage, c'est-à-dire deux à trois par troupeau pour l'année, et qu'il faut entrenir avec des produits spécialisés. Le prix du fromage s'en ressent.

La bergerie de Casterino est une petite maison rénovée en 1974 par Pascal. La pièce à vivre, au rez-de-chaussée, mesure 9m², la taille de ces chambres d'étudiants qu'on bannit à Paris. Elle contient une cheminée, un buffet, un canapé, une table basse, et deux chaises enfant en paille, ainsi qu'un poêle à bois et des étagères. Ici, on prend le petit-déjeuner et le dîner, au feu de bois. L'eau provient d'une source captée qui s'écoule dans une baignoire à l'extérieur, laquelle sert pour la table (on remplit les pichets avec les arrosoirs que vous utilisez pour le jardinage), la cuisine, la vaisselle, et la douche.
On accède à l'étage de la maison par un escalier extérieur en bois de mélèze. La pièce, de même taille que la rez-de-chaussée, est aménagée en mezzanine avec trois matelas, et n'a pas de porte, afin de surveiller le troupeau à l'oreille. En effet, bien qu'elles soient parquées, il arrive que les brebis profitent d'une porte mal fermée, le matin, lorsqu'elles réclament la traite et les pâturages, pour commencer à sortir.
L'étage de la bergerie s'éclaire à la bougie, et pour retrouver cette source de lumière en arrivant le soir, Benjamin doit se guider avec son briquet ou son téléphone portable... Autant avouer que, avec la fatigue de la journée et le manque d'éclairage, Benjamin n'a que peu de temps pour écrire. Il fourmille de souvenirs, et les formateurs de ses stages les incitent à écrire chaque jour pour tromper la solitude et les mauvais jours à l'aide de petits souvenirs (une jolie fleur, la cabriole d'un agneau, un rayon de soleil sur la vallée...), mais il cherche toujours la bonne minute pour jeter ses idées.
Il aura très bientôt un nouveau logement, en sous-pente d'une maison (le plafond est à 1m70) meublée avec matelas et rideaux. Comme il n'y a guère d'isolation, c'est quasiment dormir à la belle étoile.

Le 31 mai, lors de sa garde des plateaux, Benjamin a été pris dans une tempête de neige inattendue, vers 11h du matin. (cf post correspondant) Lorsqu'il est monté le soir au col, les brebis avaient les pieds dans un manteau blanc.
Le 1er juin était le départ en transhumance. Ils sont passés sous le récent éboulement à hauteur du barrage de Mesches, par une piste réservée aux 4x4. Comme le site est juste au début de la vallée des Merveilles, haut lieu touristique, un système de navettes-tout-terrain a été mis en place pour les promeneurs ne possédant pas de véhicules adaptés.
A Casterino, des personnes du village au courant de leur arrivée avaient déblayé la neige devant la bergerie; l'épaisseur atteignait une dizaine de centimètres. Le lendemain, 2 juin, il a neigé de nouveau pendant la nuit.
Et vous, où étiez-vous le 2 juin?

04 juin 2006

Cianèse

Mail et photos envoyés par Fanny le 03 juin 2006 à 18h15


Pour Benjamin, Cianése ressemble à un petit paradis terrestre... Des fleurs partout, la montagne tout autour avec ses odeurs de thym et de genêt... Le soleil d'acier qui donne l'illusion des vacances... La vie est rustique et simple, on ne s'encombre pas du superflu, tout est pratique. Tous les jours, des gens nouveaux viennent rendre service, on vit de l'échange, du troc en fait... une bouteille d'huile d'olive contre un fromage de brebis, une nouvelle charpente pour la bergerie en échange du gîte et du couvert pour ta famille... Rien n'est fermé, les pièces sont séparées par des cloisons de tissus, tout est récupéré: la fenêtre de la porte d'entrée est un pare brise de quatrelle! On mange nature, tout ce qui est cultivé dans le jardin: omelettes aux herbes folles, orties ou pissenlits, agneaux produits sur place pour les protéines animales... et n'importe qui fait le repas: on allume le feu de bois, on descend au jardin (oui, c'est vrai, on vit à la vertical là-bas, la maison est bâtie sur des anciennes terrasses agricoles, du coup, entre le jardin, la maison, la bergerie, il doit y avoir trente metres de dénivelé, il faut escalader pour passer d'un endroit à l'autre!), on choisit les herbes dont on a besoin, et on concocte un truc tout bizarre!

Cianése, c'est aussi un pôle culturel, oui oui, le lecteur de DVD tourne uniquement pour des films engagés, artistiques ou militants, la bibliothéque est remplie de livres en tout genre, de reflexions philosophiques, de bandes dessinées aussi...! A côté de ça, il faut, bien sûr supporter les quelques inconvénients de la vie au grand air: les mouches, les odeurs de mouton (mais on s'y fait trés vite), les souris qui viennent te réveiller en pleine nuit...

Benjamin est maintenant connu de tous les gens du village... il y a les anciens bergers qui lui donnent moults conseils sur la gestion du troupeau, les journaleux et les touristes qui arrêtent pas de le prendre en photo, les restaurateurs qui râlent parce que les biques en passant grignotent leurs jardinières...

Ce qui est le plus chouette en fait, ce sont les grandes balades pour emmener le troupeau dans les montagnes! Trois chiens, Colline le labri qui est sensée aider le berger à tenir le troupeau... et deux énormes patous blancs, élevés depuis toujours avec les agneaux, qui suivent les bêtes partout et qui sont chargés de leur surveillance...gare aux cyclistes qui s'approchent un peu trop prés!



Benjamin et Réglisse



Question troupeau, une dizaine de chévres avec des grandes cornes, chacune a sa spécificité: Plouf, la câline, Clochette, la meneuse: c'est elle qui a l'immense privilège (et elle le sait!) de porter la cloche... toujours en tête, avec son chevreau, Grelot... Carpette, un jeune qui plus tard fera une jolie carpette... je sais c'est sordide! Biberon, l'ami de Benjamin!...



Benjamin et Clochette



Les brebis, toujours plus calmes et plus sages que leurs alliées à cornes longues sont dans le style du pays... Elles sont du pays d'ailleurs. L'air fier, elles filent, escaladent, elles forment un groupe, une entité vivante qui est à la fois leur faiblesse et leur force! Benjamin les appelle et les guide par un langage trés particulier, un code mi-patois du pays mi-bruits de mouton... c'est suprenant quand on ne s'y attend pas!

31 mai 2006

Neige

Courriel reçu des parents le 31 mai 2006 à 22h00

Benjamin nous appelait pour nous faire partager une chute de neige magnifique qui a surpris tout le monde et blanchi toutes les montagnes. Demain, il monte en estive avec tout le monde, poules, chats, handicapé et propriétaires qui ne reverront leur taudis que dans 6 mois... Il reviendra à la civilisation dès Lundi pour deux semaines de formation à Champollion, à vos cartes... c’est dans le mercantour toujours...

20 mai 2006

Choix crucial...

J'ai eu récemment des nouvelles téléphoniques du berger qui, depuis quelques temps, cherche à répondre à une question : être ou ne pas être? On la connaît, celle-là, voilà des siècles qu'elle est répétée sans réponse. Benjamin en est au même point, à son tour : être berger, ou ne pas être berger? Vivre avec les animaux, dont la personnalité cyclothymique l'ennuie parfois, ou rejoindre la paix des végétaux, au cycle éternel? Pas facile de trouver du temps lorsqu'on doit descendre et remonter les pâturages de ces demoiselles les brebis qui prennent un malin plaisir à s'éloigner du troupeau... Le soir, c'est l'heure de la traite, pas de la quête. La nuit, on dort, et le matin, rebelotte...

Quelles options pour notre berger : poursuivre sa formation jusqu'en avril 2007, voire la prolonger d'un certificat de berger (et non simplement d'aide-berger) en juin 2007; ou bien quitter dans deux semaines, après avoir vécu une expérience enrichissante à tous points de vues... (En effet, il y avait matière à s'enrichir, je crois que c'est la plus forte période initiatique qu'ait connue Benjamin...)
S'il quitte sa formation, notre ex futur pistou a de nombreux choix, dont un retour possible vers des missions humanitaires en Afrique ou au Pakistan, aux côtés de sa compagne Fanny. Pays pour lesquels Benjamin a en ce moment un avant-goût du confort matériel.

Affaire à suivre...

30 avril 2006

Vie quotidienne d'el Pistou

Mail envoyé par Fanny :

Voici quelques nouvelles de Benjamin:
Il habite à proximité d'une ville appelée la Brigue, à quelques minutes de la frontière italienne chez Gisèle et Pascal, deux hippies, vrai de vrai, des soixante huitard qui n'ont jamais abandonné leurs idées. Elle est infirmère de formation, et aujourd'hui responsable de toute la partie fromage de "l'exploitation". Lui, 19 ans en 1968, a tenté trois premières années de médecine avant de se lancer dans l'urbanisme, je crois, puis de fonder une première communauté dans le Vars, laquelle a implosé. Il a alors migré vers le Sud pour s'installer à la Brigue.

Côté élevage, il doit y avoir un joyeux mélange d'une centaine de bêtes, des brigasques, comme ont dit, avec quelques biques pour diversifier! C'est une race rustique, absolument pas calibrée pour la traite, ce qui procure quelques difficultés de manutention à Benjamin: il faut environ quinze jours pour bien maîtriser l'art de la traite. Pour l'instant, il arrive a récolter un demi seau quant il n'y a pas d'incidents (du style, une brebis qui renverse tout ou pire... )

D'après ce que dit Benjamin, le style de vie est assez simple et "nature": tout est chauffé et cuit au feu de bois dans une grande cheminée centrale... Du coup, il ne faut pas être pressé de petit-déjeuner le matin avant la traite! Pas d'éclairage, sinon de grosses bougies achetée en Italie qui donnent paraît-il une jolie lumière. La chambre est sous les comble, partagée à trois selon les jours, ou plutôt les nuits.

Après la première traite (il y en a deux par jour), c'est la conduite du troupeau en pâturage. Aidé par deux des quatre chiens, c'est depuis avant-hier Benjamin qui en est responsable: il faut conduire le troupeau d'un point à un autre, vers les vertes prairies. Ce n'est pas évident car les chiens ne sont pas encore trés habitués à recevoir ses ordre et accourent vers Pascal dés qu'il apparaît où qu'ils entendent sa voiture (ne me demande pas ce que c'est, je n'ai pas retenu!). A midi, il déjeûne d'un casse croûte et rentre l'après midi avec ou sans le troupeau, ça dépend si les brebis connaissent le chemin du retour et si le coin est sans dangers pour elles. Puis, on prépare la bergerie pour le retour, du foin, un mélange de céréales et vers 20h30 la deuxième traite. Après ça, repas du soir avec tous les autres (la quinzaine de personnes qui vont et viennent dans la communauté, qui s'occupent d'activités diverses, genre atelier de bois, association de construction selon les méthodes traditionnelles de la région etc.) et discussion animée sur l'état du monde et la manière d'améliorer les choses!

Benjamin a trouvé un joueur de banjo, je ne me souviens plus de son nom, un jeune qui s'occupe aussi de la bergerie avec lequel il s'entend bien.

La vie n'est pas sans dangers: un loup rôde dans les environs, il faut être vigilant! et contient son lot d'émotions fortes: dés le deuxième jour, deux agneaux ont été sacrifiés pour nourrir tout ce petit monde. Ca fait beaucoup de choses a raconter, certainement un énorme dépaysement pour Benjamin, mais il a l'air de bien s'y plaire, d'y trouver ses marques et un rythme moins stressant. (même si depuis deux jours le temps est à la pluie!) Mardi, il commence la formation théorique à Aix en Provence: lever à quatre heures du mat' pour être à 9 h là bas...

27 avril 2006

Lors de la descente vers Nice

Extrait de conversation fourni (et romancé) par GeLeAck :

"Que ferait un berger sans flûte? Puisque je me dirige vers le sud je vais aller à villes sur Auzon voir le facteur de flûtes (de concerts) et m'entendre avec lui sur un prix du 19è siecle puisque c'est à cette époque que je vais vivre... un moment!
C'est naturellement dans mon style, dès mon arrivée je tombe sur Bolton (NDLR : facteur de flûtes): il était temps, il partait! Avons bavardé... ah le passé, que de souvenirs : le film de mes 10 ans fait avec Mutti... quant au prix nous en reparlerons."

26 avril 2006

Communauté hippie

Mail reçu le 25 avril à 16h21

"Nous avons eu des nouvelles de Benjamin ce midi ; il était en train de garder ses moutons, en compagnie d’une chienne nommée «Colline». Il est hébergé chez ses «patrons» provisoires, qui font partie d’une ancienne (?) communauté hippie… Il fait chambre commune avec au moins 2 des 3 ou 4 autres enfants (grands) du couple ; le repas d’hier soir s’est déroulé au milieu d’une quinzaine de personnes plus ou moins identifiées, mais appartenant sans doute au reste de la communauté. Comme cela se doit, pas d’électricité, mais des panneaux solaires (Ils sont conscients de la difficile question du futur recyclage…) et, de temps en temps, un générateur… la cuisine se faisant dans l’âtre ; et, bien sûr ni réfrigérateur ni congélateur, lesquels exigent leur ration continue d’électricité. [...] Ce soir, 1ère séance de traite des brebis… à la main… évidemment…"

23 avril 2006

Arrivée

Benjamin est arrivé avec Fanny à Nice. Temps idéal et montagnes enneigées.
Texto 22h35 : "Bien arrivés dans B&B rupin de Nice à bientôt bon dimanche! Effebé"

(Blandine)

21 avril 2006

Départ



Benjamin prend demain matin la route pour le Mercantour, certains d’entre vous ne le reverront pas avant plusieurs mois (sauf imprévu…)

Pour ceux qui sont plus ou moins au courant, et plutôt moins, il suit une formation d’aide-berger d’une durée d’un an (En qualité de salarié en formation) La plupart du temps, il sera en alpages, entouré de brebis dès potron-minet.

A bientôt !