Voici comment peut se dérouler une journée type d'un aide-berger autonome au mois de mai.
Au moment de ces photos, dont l'auteur n'est autre que Fanny pas encore partie ni revenue du Cameroun, nous sommes encore "en bas", à la Brigue. La transhumance aura lieu dans trois ou quatre jours. Il fait déjà une bonne température, mais la météo connaîtra quelques fluctuations surprenantes quelques jours après...
La journée commence donc par le petit-déjeuner, comme tout un chacun, afin de parer à une matinée de marchounette. A cette hauteur, on est dans du colinéen et les parcours offrent un dénivellé très modéré.

Suit alors la préparation de la besace moderne. Il faut y coller un tout petit nécessaire, logiquement constitué d'un couteau, de ficelle, d'une trousse de premiers secours, et de plein de petit matériel pour être comme Mc Gyver hyper à l'aise dans la montagne. Encore une fois, dans la montagne, on y est guère, de sorte que le sac se contente de porter le déjeuner - sommaire - et de quoi écrire, dessiner, flûter.

Vous profiterez de cette photo pour admirer le matelas laissé à ma disposition à même le plancher - comme tout le monde du reste - et situé juste à côté de la trappe d'accès, d'où l'on voit dépasser l'échelle.
Je vous avoue qu'il y a un terme de pays pour "besace moderne" mais que, momentanément, il m'échappe complètement. Si vous avez des idées...
C'est l'attente du départ. Les animaux ont été traits, j'attend de savoir par où les emmener. A cette époque, Pascal me laisse la responsabilité du troupiau ; juste il m'indique où les faire travailler. C'est d'autant plus instructif de se retrouver seul à la tête de tout ces petits animaux taquins.

Le matin au départ, Pedro aime bien se faire gratouiller le crâne. Réglisse se contente d'une caresse ; si ce n'est pas suffisant, elle tend la patte. Les brebis et les chèvres sont au sel, une gourmandise qui, distribuée le matin, permet - théoriquement - de les approcher, d'en rattraper certaines si besoin.

Puis le départ est donné. D'abord, il faut dévaler la colline, poursuivi par des brebis sans freins, puis traverser le pré aux pommiers qui longe la route en bas. Ce jour-là, direction la Brigue, il faut les emmener au-dessus de la maison de retraite.

Longue marche sur la route. Il faut veiller à ce qu'il n'y ait pas trop de bêtes qui partent sur les côtés. Parfois, elles feront un détour ravageur dans un champs de patates ou un pré interdit...un coup de chien et tout rentre dans l'ordre (mon oeil).

Le plus difficile sur route n'est pas de croiser, mais d'être dépassé. Ceux qui ont déjà eu la chance (hors accouchement imminent) de devoir traverser un troupeau savent qu'à dépasser, c'est pénible. On n'ose pas trop aller vite, de peur de se prendre un coup de bâton sur les ailes par l'énergumène chevelu qui braille après son chien, alors les brebis redébordent, on freine en craignant de leur casser une patte, et quand enfin on a réussi, on s'arrête dix mètres plus loin pour faire une photo. Avant d'avoir pu armer, le troupeau est déjà re-autour de la voiture et le berger vous fusille du regard.
Bien sûr, si celà vous arrive, n'ayez pas peur d'avoir un peu de détermination à passer, sans forcer non plus, et surtout, évitez de bêêêêêler par la fenêtre ouverte, tout le monde le fait et un jour les brebis vont vous répondre, vous verrez comme c'est ridicule.

Une fois les brebis envoyées dans la colline, le berger consciencieux les regarde longuement pour être sûr que ces gerces ne vont pas immédiatement redescendre quand vous aurez le dos tourné pour cavaler dans le village ou je ne sais où. Il est alors onze heure du matin, tranquillement, l'aide-berger va rejoindre sa planque d'où il pourra surveiller les déplacement du troupeau aux jumelles, assis à l'ombre et tranquille. Un bon hurlement d'un côté de la vallée suffit à faire tourner un troupeau qui s'aventurerait où il ne faut pas.
Héééheyyyyyyy !!!