Deux anées après la redescente, où qu'en suis-je ?...ben là où c'est le mieux meilleur : avec des brebis.
Bon, des brebis, des brebis...des îles-de-france. Ca ressemble vaguement à une brebis, ça fait un peu de laine pas trop moche, quelques agneaux et puis voilà. Pour le reste, c'est un animal de plaine qui, dans ce contexte où je suis, est habitué à sucer en silence des blocs de craie dans des prés beaux comme le Sahara mais en plus sec en attendant sa ration de céréales pré-machouillées par un applatisseur.
Il n'a pas de bannes. (ça c'est congénital)
Il n'a plus de queue (cette malheureuse étant sectionnée à ras une semaine après la naissance).
Il est court sur pattes.
Bref, c'est une machine à produire des carcasses. C'est triste comme histoire, hein ?...
Alors revenons aux brigasques et leur pays !
La première fois que je suis arrivé chez Pascal & Gisèle, c'était chouette parce que toutes les cinq minutes, il y avait quelque chose de nouveau à découvrir. Stéphanie, qui en ce temps-là, occupait le poste de Julien Büchert à l'APPAM, m'avait trop rien dit histoire que je ne décarre pas aussitôt.
Donc une fois garés, il s'est agit de grimper - bel euphémisme - à hauteur de la maison. La vue de là-haut est imprenable, mais surprenante pour un parigot : tout s'étage en terrasses, vestiges d'une époque où il fallait tout faire soi-même. Rien n'est donc fort large et on passe son temps à monter et à descendre par de vagues chemins escarpés où s'esquissent parfois quelques marches expérimentales, entre le jardin, la maison, la bergerie, la remise à bois etc.
Je passe pudiquement sur la présence de Julien, leur fils aîné, très lourdement handicapé, qui se tenait dans une chaise longue à l'ombre, dodelinant de la tête depuis trente ans sur son corps d'enfant de six ans - image frappante qui ne pouvait qu'inspirer un profond respect pour ces gens qui se sont donnés les moyens de garder auprès d'eux et à la vie cet enfant qui n'a jamais grandi - pour passer à l'apéritif.
Pascal était parti faire une course, dixit Gisèle qui terminait ses fromages, et Stéphanie commençait un malaise consécutif à la conjonction de sa grossesse et de l'ascension. Arrive alors un bonhomme hirsute, avec un pull sale entre les trous, des grosses lunettes et presque plus de dents à son grand sourire, qui accroche de la barbaque à un tronc d'arbre. C'est Pascal.
Afin d'aider à la préparation du repas, j'ose entrer dans la riante maison où pendouille un drapeau arc-en-ciel tout à fait délavé où l'on peut encore lire "PACE" ; tout est en bois, le sol, les meubles, il y a une grande cheminée biscornue, des tissus et des peaux d'agneaux partout, c'est assez sombre et je trouve ça incroyablement génial comme ambiance (mais j'ai évité de leur demander s'ils avaient trouvé ça chez Ikéa, comme quoi j'ai du tact des fois). Puis quand je cherche une cuisinière au gaz, réflexe, je ne trouve rien. Et pour cause : la cheminée y pourvoit.
Surprise suivante quand, le soir venu, j'ose demander le chemin des lieux d'aisance. "Tu vas après la maison et c'est là", me répond Gisèle. Il y a effectivement une petite baraque en bois, dans laquelle j'entre pour me rerouver nez à nez avec des réserves de pâtes, de la viande suspendue, somme toute une décoration un peu trop originale pour des commodités. C'est alors que, lumière, après le cabanon, j'avise un trou rempli de cendres avec deux planches posées en parallèle. Avec trois herbes et deux fleurs autour en guise de porte. Le papier est sommé d'être ramené soigneusement plié et jeté à la cheminée.
Puis le soir vient et l'absence globale d'électricité aussi, une unique ampoule jetant une tâche de lune sur la table, de gros cierges se chargeant du reste. Une radio pompe aussi sur la batterie alimenté par panneaux photovoltaïques pour chouiner du France Inter matin et soir. La chambre où je vais passer ma première nuit, fraîchement séparé de ma future femme, dans cet univers improblable, se situe au troisième étage, et l'on y accède par une échelle. C'est une chambre commune pour gens de passage, des matelas sont posés à même le sol, avec des bougies et quelques rideaux. Deux yeux brillent alors en haut de l'échelle : un rat, manquait plus que ça ! En fait, il s'agit d'un chaton. Mais c'est pas tellement différent.
Un jour viendra le moment de se poser la question de la douche : derrière un rideau du salon salle-à-manger à parler à cuisiner à fumer à jouer de la musique, une baignoire bancale reçoit un flexible de douche sans pommeau, relié à un antique boiler sous lequel il faut enfourner du bois et encore du bois pour faire chauffer l'eau. Quand on tourne le robinet, un mince filet d'eau tiède s'écoule, mais il faut s'accroupir pour en profiter "pleinement", le flexible étant trop court (et la pression trop faible) pour rester debout. Le tout éclairé à la bougie bien entendu.
Mais c'est Fanny qui aura le gros lot quand elle viendra : aux prises avec cette douche inhabituelle, elle verra débouler Pascal qui vient chercher un truc au fond de la salle de bain. Et le pire, c'est que je sais qu'il n'en a même pas vraiment eu conscience.
Voilà, ça c'était "en bas", dans la maison la plus luxueuse. Et c'était trop bien, en fait, sauf qu'il n'y avait pas Fanny.
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