18 juin 2006

Casterino

Benjamin nous informe qu'il poursuit sa formation d'aide-berger jusqu'au 24 avril 2007, et qu'il complètera le tout par un diplôme de berger en deux mois, qui lui permettra d'effectuer des estives en s'occupant de troupeaux dont on lui confie la garde complète.

Ce type d'apprentissage en tant que "salarié en formation" lui permet d'appliquer immédiatement les quelques théories qui constituent ses stages, et, vice-versa, d'apprendre sur le terrain d'autres éléments qu'il ne voit pas en cours. Ses codisciples sont de tous horizons, de niveau brevet à bac+3 (lui-même, et il est le seul en troupeau à lait), et il croise également des bergers qui décident de compléter leurs connaissances par la formation. En effet, certains cours ne s'apprennent que difficilement sur le tas, notamment la partie vétérinaire.
Benjamin étudie également, entre autres, le dressage des chiens, qui sont divisés en deux catégories : les patous, au centre, veillent à ce qu'aucun élément étranger ne pénètre dans le troupeau. Méfiez-vous si vous êtes cycliste, ou promeneur, à ne jamais passer entre deux brebis, vous risqueriez de le regretter si le berger n'arrête pas assez vite son chien... Les border collie, sur les côtés, rassemblent le troupeau et sont également capables de séparer les brebis blanches des brebis noires, ou les chèvres des brebis, etc.

Benjamin loge en ce moment à Casterino, au-dessus de St Dalmas de Tende, pour le mois de juin. Quelques chiffres : la bergerie est à 1600m d'altitude. Une brebis produit 1/2L de lait par jour, et il y a 150 brebis dans le troupeau. A titre de comparaison pour le lait, une chèvre en produit 1L à 1L et demi, et la vache de type Abondance... 20L.
Les troupeaux à lait n'excèdent pas 300 brebis, et déjà les bergers les plus anciens ont de douloureux problèmes aux mains (dursification de la gaine des tendons) qui ne peuvent se résoudre que par la chirurgie. Les troupeaux à viande, eux, peuvent atteindre 2000 têtes environ. Le fromage se vend entre 12 et 15€ le kilo, un prix qui n'est dû qu'à l'absence de trayeuses. En effet, si vous souhaitez épargner les mains des bergers, vous installez un groupe de trayeuses par alpage, c'est-à-dire deux à trois par troupeau pour l'année, et qu'il faut entrenir avec des produits spécialisés. Le prix du fromage s'en ressent.

La bergerie de Casterino est une petite maison rénovée en 1974 par Pascal. La pièce à vivre, au rez-de-chaussée, mesure 9m², la taille de ces chambres d'étudiants qu'on bannit à Paris. Elle contient une cheminée, un buffet, un canapé, une table basse, et deux chaises enfant en paille, ainsi qu'un poêle à bois et des étagères. Ici, on prend le petit-déjeuner et le dîner, au feu de bois. L'eau provient d'une source captée qui s'écoule dans une baignoire à l'extérieur, laquelle sert pour la table (on remplit les pichets avec les arrosoirs que vous utilisez pour le jardinage), la cuisine, la vaisselle, et la douche.
On accède à l'étage de la maison par un escalier extérieur en bois de mélèze. La pièce, de même taille que la rez-de-chaussée, est aménagée en mezzanine avec trois matelas, et n'a pas de porte, afin de surveiller le troupeau à l'oreille. En effet, bien qu'elles soient parquées, il arrive que les brebis profitent d'une porte mal fermée, le matin, lorsqu'elles réclament la traite et les pâturages, pour commencer à sortir.
L'étage de la bergerie s'éclaire à la bougie, et pour retrouver cette source de lumière en arrivant le soir, Benjamin doit se guider avec son briquet ou son téléphone portable... Autant avouer que, avec la fatigue de la journée et le manque d'éclairage, Benjamin n'a que peu de temps pour écrire. Il fourmille de souvenirs, et les formateurs de ses stages les incitent à écrire chaque jour pour tromper la solitude et les mauvais jours à l'aide de petits souvenirs (une jolie fleur, la cabriole d'un agneau, un rayon de soleil sur la vallée...), mais il cherche toujours la bonne minute pour jeter ses idées.
Il aura très bientôt un nouveau logement, en sous-pente d'une maison (le plafond est à 1m70) meublée avec matelas et rideaux. Comme il n'y a guère d'isolation, c'est quasiment dormir à la belle étoile.

Le 31 mai, lors de sa garde des plateaux, Benjamin a été pris dans une tempête de neige inattendue, vers 11h du matin. (cf post correspondant) Lorsqu'il est monté le soir au col, les brebis avaient les pieds dans un manteau blanc.
Le 1er juin était le départ en transhumance. Ils sont passés sous le récent éboulement à hauteur du barrage de Mesches, par une piste réservée aux 4x4. Comme le site est juste au début de la vallée des Merveilles, haut lieu touristique, un système de navettes-tout-terrain a été mis en place pour les promeneurs ne possédant pas de véhicules adaptés.
A Casterino, des personnes du village au courant de leur arrivée avaient déblayé la neige devant la bergerie; l'épaisseur atteignait une dizaine de centimètres. Le lendemain, 2 juin, il a neigé de nouveau pendant la nuit.
Et vous, où étiez-vous le 2 juin?

1 commentaire:

Anonyme a dit…

bien les photos..nous avons les même ce jour avec fanny à la tête du troupeau!!