31 décembre 2006

Les chiens de troupeau : photos commentées

Voici donc Colline, dans un demi-repos, scrutant les mouvements des brebis d'un oeil et ceux du berger de l'autre pour pouvoir réagir à tout instant.

Photo prise dans un pré non loin de la "Piscine", lieu ainsi appellé parce qu'il est situé à côté d'une ancienne pizzeria-discothèque, la Piscine, vieux bâtiment militaire italien reconverti dans les années soixante-dix en boîte de nuit avec une grande piscine en contrebas, puis fermé pour cause de présence de drogue et magouilles immobilières du propriétaire du lieu.

Pascal m'a dit y avoir dansé dans sa jeunesse, et j'ai rencontré le fameux propriétaire, mafioso franco-italien décati dans sa vieille Merco-Benz, qui revend ce lieu fascinant.

L'intérieur de la baraque est encore rempli des tables, des chaises et des lampes colorées ; la piscine, vide, ne demande qu'à être restaurée et remise en route...

Pour l'anecdote, le troupeau venant régulièrement effectuer une halte pour tondre l'ancienne pelouse, il arrive que quelque bête saute dans la piscine par le bord le moins haut, et s'y retrouve coincée. Le berger doit alors l'en faire ressortir à l'aide de mille ruses et surtout des quelques planches qui trainent dans le coin. Ainsi fut-ce mon cas avec la chèvre dénommée...Plouf.

Voici Réglisse, navigant silencieusement au milieu de ses "soeurs". Ces chiens ont gardé la particularité, encore plus exprimée chez les loups et les chiens encore très proches du loup, de pouvoir parcourir les troupeaux sans que ceux-ci ne bougent une oreille. Pour tout novice ou touriste qui a déjà tenté d'approcher un troupeau en dehors de la bergerie, celà tient du prodige...Chez Réglisse, il faut toutefois reconnaître que les brebis et elle se pratiquent depuis un petit moment aussi.

La masse imposante de Pedro, lors de l'envoi du troupeau le matin, par la route qui relie le quartier Cianese, où est située la bergerie, au village de la Brigue, à un ou deux kilomètres. Crédit : Fanny

A Cianese, devant la bergerie, Pedro se laisse un instant gratouiller le crâne. Le gros ours vient comme ça chercher de l'affection puis repart comme il est venu, indépendant et maître du territoire jusqu'au bout des ongles. Il faut le voir au milieu de la route, bloquant un camion qu'il estime être sur le territoire qu'il a à défendre...et le regard impressionant de reproche qu'il lance au berger qui lui hurle de dégager le plancher. Crédit : Fanny

Hé oui, c'est la Bouboule ! La photo a été prise un matin à Casterino, alors que le troupeau prenait doucement de l'altitude. Ce jour-là, Bouboule a décidé de suivre sa môman Réglisse, ce qui donnera lieu à une aventure que je vous narrerai ultérieurement...

Les chiens du troupeau : florilège

Je vous rappelle les noms, spécifications et affectations :

  • Colline : femelle labrit de Provence, cinquième génération, lignée suivie depuis trente ans chez ces bergers - chien de conduite de troupeau
  • Réglisse : femelle montagne des Pyrénées, patoune - chien de protection face aux loups et aux cyclistes
  • Pedro : mâle montagne des Pyrénées, patou - chien de protection aussi, assez affectueux malgré un gabarit dissuasif ; peut avoir des sautes d'humeur vis-à-vis des brebis...a déjà amoché un loup
  • Bouboule : femelle patoune, née à l'estive sur le Mont Bégo, fille légitime de Pedro et de Réglisse - coule des jours heureux dans une ferme en Lozère, attachée à la protection du troupeau

Vous rencontrerez également sur ce blog :

  • Balto, mâle border-collie blanc affecté à la conduite du troupeau de chèvres de Turini
  • Merlin, mâle border-collie de Michaël, le plus beau (et le plus exclusif !) des chiens de conduite que j'ai alors pu voir au travail en montagne
  • Belle, patoune protégeant le troupeau de brebis allaitantes de Michaël

Et si on parlait troupeau ?...

Mêêêêê pourquoi pas. Connaissez-vous la brebis brigasque ?...

J'en étais sûr. Alors ouvrez bien vos yeux, vous allez découvrir l'une des plus belle brebis que vous n'ayez jamais vue.

Il faut se rappeller qu'il y a un paquet d'années de cela, les animaux d'élevage n'étaient pas calibrés et spécialisés comme ceux d'aujourd'hui. Prenez les vaches, pour l'exemple : bien que la tendance diminue un chouïa ces dernières années (ouf !), quelle vache envahit encore les prés pour nous fournir en lait d'un bout à l'autre du pays ? La Prim'Holstein, cette européenne noir et blanc qui peut produire jusqu'à cinquante litres de lait par jour !!!

Or, jusqu'avant guerre, avant l'insémination artificielle et, il faut le dire, avant la disparition en France des disettes, les animaux étaient devenus, à force de croisements et de sélections, spécifiques à chaque région de France et de Navarre. Poules, moutons, brebis, vaches, chèvres, cochons, avaient des caractères liés à la culture et à la géographie de leur région.

La brebis brigasque est une rescapée de cette aventure. Brebis laitière autant que brebis à viande, sa constitution robuste, ses longues pattes fines, sa toison épaisse, qui en font un animal plus proche visuellement de la chèvre que de l'ovin, lui permettent d'affronter sans peur ni reproche les rigueurs de l'hiver montagnard, les pentes rocailleuses, les longues transhumances et lui font préférer gratter trois herbes entre les cailloux plutôt qu'un pré gras et dodu - qu'elles ne refusent toutefois pas au printemps, comme le prouve la photo ci-dessus, prise à la Brigue en mai 2006.

Il y a, dans cette région, trois formes générales de sonnailles : les redons, comme celui ci-dessus, les platelles et les picons. Les platelles sont de forme rectangulaire, les picons sont de petites clochettes au tintement aigu. On trouve aussi des grelots, tintinabulant joyeusement au cou des chevrettes ou des agnelles qui, plus tard, seront susceptibles de mener le troupeau.

30 décembre 2006

L'ex-berger fait les niveaux : précisions sur ce qu'était la Vie...

Les propos précédents émanaient de ma petite et dévouée soeur - dont je vous recommande la lecture des blogs, non pas qu'elle me paye pour faire sa pub, mais parce que vous y passeriez un agréable moment - qui a tenté de retranscrire le peu d'informations que je daignais lui passer. De sorte qu'il en reste sur la fin l'impression que j'ai vécu dans un milieu tout à fait sordide et lamentable.

J'aimerais réajuster ces propos, par égard aux éleveurs et à la vérité.

Commençons par admirer le paysage qui s'offrait à mes yeux lors des gardes. Chez Pascal et Gisèle, je partais le matin vers neuf ou dix heures, après la traite. Colline, Pedro et Réglisse accompagnaient toujours la troupe ondulante et pressée d'aller vers les pâturages. Ce cliché a été pris en fin de matinée. Parti plus tard que d'habitude de la maison, j'avais eu conseil (jamais d'ordre !) de partir derrière la maison, de grimper et de suivre, en fait, le troupiau qui connaît tellement mieux que quiconque la pampa. Arrivé à une bonne hauteur, j'ai immortalisé ce paysage de bas sommet (environ 1.000 à 1.500 mètres au dessus du niveau de la mer) qui marque la frontière italienne, au fond. La maison et la bergerie se situent sur le versant invisible qui regarde la route de fond de vallée, au centre.

Je vous invite à observer, au premier plan, les restanques encore visibles, qui marquent dans un paysage qui reprend ses droits le passage, un jour, de femmes et d'hommes qui ont modelé la montagne pour y cultiver de quoi se nourrir. Les collines de la Brigue sont ainsi parsemées de ces terrasses magnifiques, retenues par des murs de pierres sèches que les brebis et les animaux sauvages font tomber petit à petit ; et de loin en loin, on déniche entre deux buissons une cabane en pierre, parfois une simple ruine, parfois le toit est encore là. Dans ce secteur, il s'en trouve encore une où il y a un coffre en bois, des ustensiles de cuisine rouillés, quelques bouteilles, et deux ou trois outils de jardin. Il faut aujourd'hui une bonne heure pour y accéder au travers de la végétation.

L'ex-berger vient raconter ses souvenirs

En réalité, je vais surtout vous innonder de photos que j'accompagnerai de commentaires légers et frais qui vous permettront de mieux en comprendre le sens et l'intérêt.

Mais d'abord, commençons par un clin d'oeil. Voici un petit véhicule que j'avais rencontré le jour où j'ai passé mon entretien d'embauche à l'APPAM, l'organisme qui m'a permis de vivre cette drôle d'aventure. Il était garé en bord de Méditerrannée, entre Nice et Antibes, un petit VW T2 Westfalia en dentelles de rouille, avec sa bonne bouille de camion hippie qui a vu du pays et du monde.

Quelques mois plus tard, à l'occasion d'un interlude en région parisienne, Fanny et moi craquons pour l'Escargot Fringant, T3 bicolore auquel nous destinons une aventure semblable, la rouille en moins. Vous pouvez, en attendant le blog de l'Escargot, retrouver Fanny.