06 octobre 2008

Deux ans après

Deux anées après la redescente, où qu'en suis-je ?...ben là où c'est le mieux meilleur : avec des brebis. 
Bon, des brebis, des brebis...des îles-de-france. Ca ressemble vaguement à une brebis, ça fait un peu de laine pas trop moche, quelques agneaux et puis voilà. Pour le reste, c'est un animal de plaine qui, dans ce contexte où je suis, est habitué à sucer en silence des blocs de craie dans des prés beaux comme le Sahara mais en plus sec en attendant sa ration de céréales pré-machouillées par un applatisseur.

Il n'a pas de bannes. (ça c'est congénital)

Il n'a plus de queue (cette malheureuse étant sectionnée à ras une semaine après la naissance).

Il est court sur pattes.

Bref, c'est une machine à produire des carcasses. C'est triste comme histoire, hein ?...

Alors revenons aux brigasques et leur pays !

La première fois que je suis arrivé chez Pascal & Gisèle, c'était chouette parce que toutes les cinq minutes, il y avait quelque chose de nouveau à découvrir. Stéphanie, qui en ce temps-là, occupait le poste de Julien Büchert à l'APPAM, m'avait trop rien dit histoire que je ne décarre pas aussitôt. 
Donc une fois garés, il s'est agit de grimper - bel euphémisme - à hauteur de la maison. La vue de là-haut est imprenable, mais surprenante pour un parigot : tout s'étage en terrasses, vestiges d'une époque où il fallait tout faire soi-même. Rien n'est donc fort large et on passe son temps à monter et à descendre par de vagues chemins escarpés où s'esquissent parfois quelques marches expérimentales, entre le jardin, la maison, la bergerie, la remise à bois etc.

Je passe pudiquement sur la présence de Julien, leur fils aîné, très lourdement handicapé, qui se tenait dans une chaise longue à l'ombre, dodelinant de la tête depuis trente ans sur son corps d'enfant de six ans - image frappante qui ne pouvait qu'inspirer un profond respect pour ces gens qui se sont donnés les moyens de garder auprès d'eux et à la vie cet enfant qui n'a jamais grandi - pour passer à l'apéritif.
Pascal était parti faire une course, dixit Gisèle qui terminait ses fromages, et Stéphanie commençait un malaise consécutif à la conjonction de sa grossesse et de l'ascension. Arrive alors un bonhomme hirsute, avec un pull sale entre les trous, des grosses lunettes et presque plus de dents à son grand sourire, qui accroche de la barbaque à un tronc d'arbre. C'est Pascal.

Afin d'aider à la préparation du repas, j'ose entrer dans la riante maison où pendouille un drapeau arc-en-ciel tout à fait délavé où l'on peut encore lire "PACE" ; tout est en bois, le sol, les meubles, il y a une grande cheminée biscornue, des tissus et des peaux d'agneaux partout, c'est assez sombre et je trouve ça incroyablement génial comme ambiance (mais j'ai évité de leur demander s'ils avaient trouvé ça chez Ikéa, comme quoi j'ai du tact des fois). Puis quand je cherche une cuisinière au gaz, réflexe, je ne trouve rien. Et pour cause : la cheminée y pourvoit. 

Surprise suivante quand, le soir venu, j'ose demander le chemin des lieux d'aisance. "Tu vas après la maison et c'est là", me répond Gisèle. Il y a effectivement une petite baraque en bois, dans laquelle j'entre pour me rerouver nez à nez avec des réserves de pâtes, de la viande suspendue, somme toute une décoration un peu trop originale pour des commodités. C'est alors que, lumière, après le cabanon, j'avise un trou rempli de cendres avec deux planches posées en parallèle. Avec trois herbes et deux fleurs autour en guise de porte. Le papier est sommé d'être ramené soigneusement plié et jeté à la cheminée.

Puis le soir vient et l'absence globale d'électricité aussi, une unique ampoule jetant une tâche de lune sur la table, de gros cierges se chargeant du reste. Une radio pompe aussi sur la batterie alimenté par panneaux photovoltaïques pour chouiner du France Inter matin et soir. La chambre où je vais passer ma première nuit, fraîchement séparé de ma future femme, dans cet univers improblable, se situe au troisième étage, et l'on y accède par une échelle. C'est une chambre commune pour gens de passage, des matelas sont posés à même le sol, avec des bougies et quelques rideaux. Deux yeux brillent alors en haut de l'échelle : un rat, manquait plus que ça ! En fait, il s'agit d'un chaton. Mais c'est pas tellement différent.

Un jour viendra le moment de se poser la question de la douche : derrière un rideau du salon salle-à-manger à parler à cuisiner à fumer à jouer de la musique, une baignoire bancale reçoit un flexible de douche sans pommeau, relié à un antique boiler sous lequel il faut enfourner du bois et encore du bois pour faire chauffer l'eau. Quand on tourne le robinet, un mince filet d'eau tiède s'écoule, mais il faut s'accroupir pour en profiter "pleinement", le flexible étant trop court (et la pression trop faible) pour rester debout. Le tout éclairé à la bougie bien entendu.
Mais c'est Fanny qui aura le gros lot quand elle viendra : aux prises avec cette douche inhabituelle, elle verra débouler Pascal qui vient chercher un truc au fond de la salle de bain. Et le pire, c'est que je sais qu'il n'en a même pas vraiment eu conscience.

Voilà, ça c'était "en bas", dans la maison la plus luxueuse. Et c'était trop bien, en fait, sauf qu'il n'y avait pas Fanny.

12 décembre 2007

Réchauffage, suite et fin : les autres

Il y a eu pagaille d'autres rencontres qui alimenteraient ces pages d'humanité bergère, mais je n'ai pas de portraits de tout le monde.

Toutefois, vous n'échapperez pas à Gene, surnommé ainsi parce qu'elle se prénommait Geneviève et qu'elle nous a ramené un soir une rouille de génépy maison qui n'a pas passé la nuit. Ancienne bergère, elle est passée à la formation pour des raisons de santé lui empêchant de retrouver la montagne, au CFPPA du Merle. Avec elle, on a découvert la plaine de la Crau, le triage des moutons, le marquage, la taille des onglons, la pose d'une clôture électrique, le débrousaillage...et surtout, on a passé des super moments. Parce que le reste, ça s'apprend beaucoup au fur et à mesure.

Si vous aviez le temps, vous apprendriez qu'il y avait à la Brigue tout un groupe de jeunes, issus de la communauté installée vers la fin des années 70.
Yann (voir en bas de page sur le lien. Cherchez-le dans google, vous serez surpris !), Marie, Grisha, Solsticia, et d'autres encore dont les prénoms refusent de me revenir à la mémoire, des bohémiens arrivés là un jour puis adoptés comme Hugues, le grand vendéen marrant, des expatriés tel Nino, grand rital qui jouait de l'accordéon comme on peigne les cheveux d'un enfant, etc.
Une bonne part de cette troupe s'est réunie dans une association, les Récampouns (signification locale jouant sur la tradition et le fait de ne pas être du lieu), qui s'occupe de restaurer selon des méthodes traditionnelles des baraques, des murs et des chemins. Par ailleurs, ils ont monté un petit commerce de bois, qui consiste à abattre les mélèzes puis les débiter en planches sur un banc de scie à ruban mobile.

Et puis il y a des gens comme lui, Michel, le bourguignon au passé obscur, Karl, l'Indien itinérant et mystique, des gens venus d'ailleurs pour vivre un peu loin des ennuis dans la montagne, et qui viennent parfois passer un moment avec vous, partager un repas et alimenter la conversation...

Enfin, il y a quelques autres bergers, Denis du Var, aperçu tantôt, et un certain berger de Tende qui m'a accueilli simplement à sa table, un soir que je repartais définitivement vers Paris ; à l'époque, il avait une autre bergère de l'APPAM, Aurélie. Cette dernière garde désormais l'été à Champoléon, l'hiver ailleurs.

Réchauffage : détour à Turini

On change à la fois de région, puisqu'on passe de l'autre côté de la montagne, et de bergers. Il s'agit cette fois ce chevriers, fromagers donc comme la très grande majorité des chevriers (la chèvre, c'est mangeable en saucisses, ou grillées comme au Cameroun mais là, il faut s'adresser à la spécialiste directement), installés à l'année sur un col de montagne surplombant Nice.

Si vous cherchez le bled, il faut viser Sospel, Moulinet, l'Escaren, Peïra Cava (ce dernier étant le plus proche). Le col de Turini est célèbre pour ça, mais pas forcément pour longtemps encore...

Ils partagent la montagne l'été avec les vachers de l'Authion, où ils ont gardé il y a une dizaine d'années de celà, après avoir gardé au dessus de Casterino. A voir à l'Authion, le fort et Cabanes-Vieilles, restes de la présence italienne ainsi qu'un char américain sans son canon, repêché au fond d'un ravin...

Alain est originaire de la région de Compiègne, spécialiste en soudures complexes et fan de ferraille ; Martine est fille d'agriculteurs beaucerons.

Le dimanche après-midi avait lieu le marché du fromage, puisque c'est le jour où les touristes en Porsche Cayenne et cabriolet BMW (même une Ferrari ! Italie oblige) déboulent pour découvrir les autochtones et les charmes pittoresques des villages reculés au dessus de Nice et Menton. Pour les autochtones, précisément, je crois qu'ils ne sont pas déçus.
Le stand jouxtait celui de Sophie Brats, qui vendait ses légumes et des confitures en tous genres avec sa marmaille, dans un J5 bariolé (elle a osé revendre un VW T3 Syncro pour acheter cette chose insipide !...).


Alain à la fabrication du fromage ; en l'occurence, un départ pour des frais, demi-frais ou crottins.

Réchauffage : escale estive à Champoléon

Dans le contrat de l'APPAM, il y a ce module de préparation à l'estive qui se fait en même temps que le module des bergers du CFPPA du Merle. Pour eux, c'est la dernière étape avant l'estive et la remise du diplôme.

Il se déroule à Champoléon, au coeur du Parc Naturel des Ecrins. Dans ce village, une ancienne ferme typique est en cours de restauration pour devenir la Maisons des Bergers, un musée interactif et un centre de formation autour du métier d'éleveur transhumant.

Commençons ce florilège par un illustre berger. Lui, si vous le rencontrez, dites-lui bonjour et écoutez-le. C'est le célèbre André Leroy, qui garde au Saut-du-Layre, au dessus d'Orcières, dans le Parc National des Ecrins. Il travaille encore beaucoup avec le CERPAM (Centre d'Etude et de Réalisation Pastorales Alpes-Maritimes) sur le fonctionnement d'une estive, l'organisation des pâturages, c'est une encyclopédie pédagogique du métier de berger à lui tout seul. Et doux comme un agneau, naturellement (par contre, si vous le suivez en montagne, accrochez-vous, il est increvable).

Qu'elle me pardonne ce que j'accroche son prénom, je crois qu'elle se nommait Eyleen. Elle s'est installée en association avec Olivier Bel, ce berger qui a mis en place le module de préparation à l'estive avec Michelle Jallet du CFPPA du Merle, où l'on rencontre notamment André Leroy. Pendant la formation de Champoléon, elle secondait Olivier pour répondre à nos questions d'apprenants-bergers.

Puisqu'on en parle, j'en présente un bout : voici Pascal, Marie (CFPPA) et Jamel (APPAM) en marche sur l'estive encore enneigée au mois de juin 2006, durant la rencontre avec André Leroy. Passages assez cocasses sur une neige encore épaisse qui donnait sur une belle pente à ne pas dévaler.

Dans nos rencontres de Champoléon, il y a eu également ce jeune berger, qui entamait sa seconde montagne et qui prévoyait de faire la formation du Merle l'année d'après...son estive, assez vicieuse avait un flanc consacré au ski l'hiver, un autre flanc recouvert de forêt et une partie ondoyante qui empêche de voir l'intégralité du troupeau. Avec par dessus le marché une cabane en béton grande comme un clapier à lapin.

Pour clore cette partie "préparation à l'estive dans le Parc des Ecrins", passage incontournable et passionnant par le Garde du Parc. Me demandez pas son nom, je n'en sais rien. Il est venu avec un barda de jumelles sur pied, on a observé les chamois se prélassant sur les névés, les aigles et les marmottes (qu'on appelle ici les dormillousses). Ils nous a également montré les restes des avalanches de l'hiver, des fouillis d'arbres enchevêtrés et de neige sale, dont nous avons parcouru certaines portions qui recouvraient notre chemin. Attention à ces pièges : le torrent parfois coule en dessous et fragilise l'épaisseur. Badaboum !

Réchauffage : Michaël de Tende

Vous pensez lire le début, ben c'est raté ! Vous lisez la suite du message précédent. C'est comme ça.

Je vous présente, entre autre, Michaël, un berger de Tende qui est né dans une famille "classique" et qui a été contaminé par le virus de l'élevage très jeune. Achetant sa première brebis à l'âge de douze ans, il n'aura de cesse par la suite d'agrandir son troupeau, de trouver des vieilles granges pour les parquer, le temps de travailler (dans le bois, entre autres) et d'avoir assez d'artiches pour se constituer un troupeau digne de ce nom et qui lui permette de vivre. Terminologiquement, c'est un moutonnier en ce sens qu'il est sur le circuit viande, à la différence des laitiers.

Michaël et Braguette en pleine discution. Braguette est un vieux berger, Michaël un jeune. Entre les deux, le pastaga et la passion des brebis sont un ciment.


La femme de Braguette, qui a partagé dans l'ombre - comme nombre de ces femmes d'agriculteurs et d'éleveurs - la vie au rythme des troupeaux de son mari.


Sur ce versant qui surplombe Tende, Michaël allait et venait entre sa cabane et le troupeau avec son C15, empruntant des pistes raides et truffées de souches, puis surveillait pensivement les brebis éparpillées ou allait couper du bois (ou traquer le loup).

11 décembre 2007

Un peu d'humanité pour réchauffer l'hiver venant

Bonjour à les gens, bonjour à les bêtes, bonjour à les droits de l'homme.

Et si on parlait un peu d'humanité ? Un peu de bergers, pour une fois ?...

Voici les présentations.

Commençons par les premiers servis, c'est à dire Pascal et Gisèle de la Brigue.

Voici Gisèle, devant la gare de Saint-Dalmas-de-Tende - si vous avez l'occasion, jetez un oeil un jour sur ce bâtiment fantasque construit par Mussolini, abandonné, transformé en centre de création artistique alternatif par une bande de jeunes devenus bergers dans les villages alentours, puis muré en attente d'un nouveau sort - un matin où l'on a redescendu le troupiau de Denis, berger du Var et vieux pote de Pascal (deuxième photo, au bigo derrière Pascal) depuis la cabane de Michaël, de l'autre côté de Casterino.

Le bonhomme de droite avec un peu de barbe et un peu de cheveux, c'est Pascal. Des fois que vous le confondriez avec un VRP de l'industrie pétro-chimique. A gauche, c'est bête mais je ne me rappelle plus son nom ; c'est un vieux bonhomme de 80 piges qui vit dans sa bétaillère tuning avec son petit caniche noir. Il a une femme quelque part mais il n'a jamais pu lâcher son métier de transporteur de bestiaux. Alors bénévolement, contre un repas et un coup de rouquin, il transhume les animaux des uns et des autres qu'il a vu grandir.

27 avril 2007

Doublons de tofs

Les plus observateurs et assidus d'entre-vous auront remarqué quelques doublons de photos, par rapport à des posts de l'an passé.

Effectivement, on retrouve la même photo de Pédro, du petit-déjeuner ou du troupeau dans le pré, par exemple.

Il n'y a rien a gagner à ce jeu.

Je vais faire de mon mieux pour que vous ayez la nouveauté sans cesse renouvellée ainsi qu'il vous a été habitué d'attendre dans notre moche société du jetable et de la consommation.

D'avance, merci de votre compréhensivité.

La journée d'un (aide-)berger

Voici comment peut se dérouler une journée type d'un aide-berger autonome au mois de mai.

Au moment de ces photos, dont l'auteur n'est autre que Fanny pas encore partie ni revenue du Cameroun, nous sommes encore "en bas", à la Brigue. La transhumance aura lieu dans trois ou quatre jours. Il fait déjà une bonne température, mais la météo connaîtra quelques fluctuations surprenantes quelques jours après...

La journée commence donc par le petit-déjeuner, comme tout un chacun, afin de parer à une matinée de marchounette. A cette hauteur, on est dans du colinéen et les parcours offrent un dénivellé très modéré.


Suit alors la préparation de la besace moderne. Il faut y coller un tout petit nécessaire, logiquement constitué d'un couteau, de ficelle, d'une trousse de premiers secours, et de plein de petit matériel pour être comme Mc Gyver hyper à l'aise dans la montagne. Encore une fois, dans la montagne, on y est guère, de sorte que le sac se contente de porter le déjeuner - sommaire - et de quoi écrire, dessiner, flûter.


Vous profiterez de cette photo pour admirer le matelas laissé à ma disposition à même le plancher - comme tout le monde du reste - et situé juste à côté de la trappe d'accès, d'où l'on voit dépasser l'échelle.

Je vous avoue qu'il y a un terme de pays pour "besace moderne" mais que, momentanément, il m'échappe complètement. Si vous avez des idées...

C'est l'attente du départ. Les animaux ont été traits, j'attend de savoir par où les emmener. A cette époque, Pascal me laisse la responsabilité du troupiau ; juste il m'indique où les faire travailler. C'est d'autant plus instructif de se retrouver seul à la tête de tout ces petits animaux taquins.


Le matin au départ, Pedro aime bien se faire gratouiller le crâne. Réglisse se contente d'une caresse ; si ce n'est pas suffisant, elle tend la patte. Les brebis et les chèvres sont au sel, une gourmandise qui, distribuée le matin, permet - théoriquement - de les approcher, d'en rattraper certaines si besoin.


Puis le départ est donné. D'abord, il faut dévaler la colline, poursuivi par des brebis sans freins, puis traverser le pré aux pommiers qui longe la route en bas. Ce jour-là, direction la Brigue, il faut les emmener au-dessus de la maison de retraite.


Longue marche sur la route. Il faut veiller à ce qu'il n'y ait pas trop de bêtes qui partent sur les côtés. Parfois, elles feront un détour ravageur dans un champs de patates ou un pré interdit...un coup de chien et tout rentre dans l'ordre (mon oeil).


Le plus difficile sur route n'est pas de croiser, mais d'être dépassé. Ceux qui ont déjà eu la chance (hors accouchement imminent) de devoir traverser un troupeau savent qu'à dépasser, c'est pénible. On n'ose pas trop aller vite, de peur de se prendre un coup de bâton sur les ailes par l'énergumène chevelu qui braille après son chien, alors les brebis redébordent, on freine en craignant de leur casser une patte, et quand enfin on a réussi, on s'arrête dix mètres plus loin pour faire une photo. Avant d'avoir pu armer, le troupeau est déjà re-autour de la voiture et le berger vous fusille du regard.

Bien sûr, si celà vous arrive, n'ayez pas peur d'avoir un peu de détermination à passer, sans forcer non plus, et surtout, évitez de bêêêêêler par la fenêtre ouverte, tout le monde le fait et un jour les brebis vont vous répondre, vous verrez comme c'est ridicule.


Une fois les brebis envoyées dans la colline, le berger consciencieux les regarde longuement pour être sûr que ces gerces ne vont pas immédiatement redescendre quand vous aurez le dos tourné pour cavaler dans le village ou je ne sais où. Il est alors onze heure du matin, tranquillement, l'aide-berger va rejoindre sa planque d'où il pourra surveiller les déplacement du troupeau aux jumelles, assis à l'ombre et tranquille. Un bon hurlement d'un côté de la vallée suffit à faire tourner un troupeau qui s'aventurerait où il ne faut pas. Héééheyyyyyyy !!!

04 janvier 2007

Quelques soins aux bêtes

Puisque j'évoque dans le précédent message le bouclage, allons plus loin dans les techniques de repérage des animaux.

Lors de l'estive, la technique habituelle consiste à peindre un symbole sur le dos des mères et des agneaux. On parle de peguer les brebis. Comme les troupeaux sont mélangés pour former un gros troupiau qui montera tout d'un bloc dans les alpages, celà permet de différencier les bêtes selon les éleveurs.

Néanmoins, dans la Crau notamment, la tradition veut que les agneaux soient marqués à l'aide d'une découpe de l'oreille, ce qui permet de les repérer toute l'année. Grâce à une pince magique, l'éleveuse (en l'occurence, sur la photo) pose sa marque qui sera différenciée entre éleveurs en fonction de l'emplacement et du nombre d'encoches triangulaires effectuées.

Si la pratique semble un peu rustique pour le confort auriculaire de l'animal, il s'avère que l'heureux porteur de cette marque se remet à gambader joyeusement cinq minutes après l'intervention. Toutefois, l'Europe veille au grain et cette pratique barbare va bientôt être interdite.

A vous de faire la part des choses entre le maintien d'une tradition et le bouclage technocratique européen en ce qui concerne l'influence sur le bien-être animal.


Il arrive que la blessure au moment du marquage soit plus ennuyeuse que prévu : le complexe pharmatico-industriel à heureusement prévu dans son complot un remède à ceci. Voici un cliché d'une pharmacie de bergerie comme j'en ai vu dans toutes les autres bergeries que j'ai fréquenté, ce qui ne fait pas beaucoup du reste. On y trouve le matériel nécessaire pour entretenir le troupeau : désinfectant en bombe aérosol, compresses, pinces, paire de forces pour dégager la toison autour d'une plaie, sécateur à onglons...



Et à propos de parer les onglons, ce qui se traduit chez nous par "couper les ongles", voici un cliché de l'ami Julien, aide-berger dans la Tinée, ancien vendeur de frites au bord de l'étang de Hollande, dans la région de Rambouillet où il a appris à marcher et à aimer les petits oiseaux (et la montagne, parce que la forêt de Rambouillet offre quelques pentes, non mais), en train de parer un bélier mérinos de l'école du Merle, à Salon-de-Provence.

Attraper ces petits béliers pas du tout coopérants fut un moment consacré à apprendre comment manipuler un animal de quelques dizaines de kilos monté sur ressorts. Pour l'asseoir afin qu'il se tienne tranquille jusqu'à le relacher dans le troupeau après l'avoir marqué, la technique vise à éviter de se faire embrocher par les bannes d'icelui ou de ses congénères.

Parer se fait normalement au sécateur à onglons, mais le plus souvent, les éleveurs y vont à l'opinel, meilleur moyen d'y laisser un doigt et de blesser l'animal. Ce propos surprendra sans doute ceux qui savent à quel point l'opinel est une institution pour moi, mais en l'occurence, il n'est utile qu'en cas d'urgence à mon avis.
Cette opération permet d'éviter que l'animal se retrouve avec la corne qui lui transperce les petits petons. Elle a lieu d'autant plus souvent que l'animal tanque dans des prés ou des bergeries. Une brebis qui marche entre un quart d'heure et une demi heure sur du bitûme ou des cailloux se passe la plupart du temps de parage.

Parce que parer est également utile en cas de blessure : pour traiter une attaque de piétain, par exemple, ou rééquilibrer une bête qui a usé inégalement ses onglons à la suite d'une boiterie.

03 janvier 2007

Le drogage des mérinos

Les mérinos se droguent ! Ou plus exactement, "on" les drogue, à coup de vitamines, pour bien qu'ils soient en forme, les petits agneaux qu'on va retrouver ensuite dans son écuelle. Les scènes suivantes se déroulent dans une ferme ovine de la Crau, juste à côté de Saint-Martin-de-Crau, en juin 2006.

Tout d'abord, il les faut trier, les pitis agneaux, par chiffres le plus souvent, marqué sur le dos autour des estives, et sur les fameuses boucles le reste de l'année. Pour résumer à propos des boucles : il faut boucler chaque oreille de chaque animal avec un bout de plastique orange acheté auprès de la Chambre d'Agriculture, sauf erreur de ma part, boucle qui comporte des tas de chiffres utiles à la traçabilité.

Cette technique remplace le tatouage d'une oreille, méthode jugée parfois illisible et risquée, des fois que l'agneau perdrait une oreille, bref, mais présente deux inconvénients : les boucles tombent plus que les oreilles, leur poids "casse" les oreilles si on boucle trop jeunes les bêtes (d'où le 'tip-tag', mini boucle provisoire) elles sont en plastique et polluent quand on les perd en montagne, et surtout, elle infligent deux blessures dont la cicatrisation peut rapidement s'accompagner de complication de type arthrites etc., qui déforment le pauvre animal et le rendent impropre à la vente...sans parler des douleurs.

Revenons à nos moutons, justement. Voici deux photos du tri.

Les personnages sont les suivants, de gauche à droite : une stagiaire bac pro, l'éleveuse, Jamel, aide-berger, une véritable légende chez les éleveurs ovins des Alpes-Maritimes, et la bergère que vous allez retrouver ci-dessous.

Voici ensuite le drogage proprement dit. Alors que les musclés aides-bergers font passer les agneaux entre les claids, une bergère non moin musclée qui répond au doux nom de...Fanny, hé oui (c'est par ailleurs le seul point vraiment commun des deux personnages) enfonce l'embout de son pistolet drogueur dans le gosier du malheureux animal.
Enfin, malheureux...restons méfiants. J'y reviens après que vous aurez observé de vos yeux ébaubis ce spectacle édifiant de technicité et de...bon, j'envoie les photos.

La jeune bergère qui aide Fanny, c'est Aurélie, de Lyon. Pas tout à fait de Lyon, d'ailleurs, mais d'un bled à chapeaux à côté de Lyon, que si vous en dites du mal elle vous fera la tête au carré parce qu'elle est gentille mais quand même. Vous pouvez la croiser dans la Roya où elle travaille en ce moment même avec les bêtes à laine. Plus tard, d'ailleurs, elle se verrait bien élever des moutons à laine dans son pays.

Toutes les photos présentées ici, sauf indications contraires, n'ont pas été retouchées par ordinateur (hors recadrage éventuel).

31 décembre 2006

Les chiens de troupeau : photos commentées

Voici donc Colline, dans un demi-repos, scrutant les mouvements des brebis d'un oeil et ceux du berger de l'autre pour pouvoir réagir à tout instant.

Photo prise dans un pré non loin de la "Piscine", lieu ainsi appellé parce qu'il est situé à côté d'une ancienne pizzeria-discothèque, la Piscine, vieux bâtiment militaire italien reconverti dans les années soixante-dix en boîte de nuit avec une grande piscine en contrebas, puis fermé pour cause de présence de drogue et magouilles immobilières du propriétaire du lieu.

Pascal m'a dit y avoir dansé dans sa jeunesse, et j'ai rencontré le fameux propriétaire, mafioso franco-italien décati dans sa vieille Merco-Benz, qui revend ce lieu fascinant.

L'intérieur de la baraque est encore rempli des tables, des chaises et des lampes colorées ; la piscine, vide, ne demande qu'à être restaurée et remise en route...

Pour l'anecdote, le troupeau venant régulièrement effectuer une halte pour tondre l'ancienne pelouse, il arrive que quelque bête saute dans la piscine par le bord le moins haut, et s'y retrouve coincée. Le berger doit alors l'en faire ressortir à l'aide de mille ruses et surtout des quelques planches qui trainent dans le coin. Ainsi fut-ce mon cas avec la chèvre dénommée...Plouf.

Voici Réglisse, navigant silencieusement au milieu de ses "soeurs". Ces chiens ont gardé la particularité, encore plus exprimée chez les loups et les chiens encore très proches du loup, de pouvoir parcourir les troupeaux sans que ceux-ci ne bougent une oreille. Pour tout novice ou touriste qui a déjà tenté d'approcher un troupeau en dehors de la bergerie, celà tient du prodige...Chez Réglisse, il faut toutefois reconnaître que les brebis et elle se pratiquent depuis un petit moment aussi.

La masse imposante de Pedro, lors de l'envoi du troupeau le matin, par la route qui relie le quartier Cianese, où est située la bergerie, au village de la Brigue, à un ou deux kilomètres. Crédit : Fanny

A Cianese, devant la bergerie, Pedro se laisse un instant gratouiller le crâne. Le gros ours vient comme ça chercher de l'affection puis repart comme il est venu, indépendant et maître du territoire jusqu'au bout des ongles. Il faut le voir au milieu de la route, bloquant un camion qu'il estime être sur le territoire qu'il a à défendre...et le regard impressionant de reproche qu'il lance au berger qui lui hurle de dégager le plancher. Crédit : Fanny

Hé oui, c'est la Bouboule ! La photo a été prise un matin à Casterino, alors que le troupeau prenait doucement de l'altitude. Ce jour-là, Bouboule a décidé de suivre sa môman Réglisse, ce qui donnera lieu à une aventure que je vous narrerai ultérieurement...

Les chiens du troupeau : florilège

Je vous rappelle les noms, spécifications et affectations :

  • Colline : femelle labrit de Provence, cinquième génération, lignée suivie depuis trente ans chez ces bergers - chien de conduite de troupeau
  • Réglisse : femelle montagne des Pyrénées, patoune - chien de protection face aux loups et aux cyclistes
  • Pedro : mâle montagne des Pyrénées, patou - chien de protection aussi, assez affectueux malgré un gabarit dissuasif ; peut avoir des sautes d'humeur vis-à-vis des brebis...a déjà amoché un loup
  • Bouboule : femelle patoune, née à l'estive sur le Mont Bégo, fille légitime de Pedro et de Réglisse - coule des jours heureux dans une ferme en Lozère, attachée à la protection du troupeau

Vous rencontrerez également sur ce blog :

  • Balto, mâle border-collie blanc affecté à la conduite du troupeau de chèvres de Turini
  • Merlin, mâle border-collie de Michaël, le plus beau (et le plus exclusif !) des chiens de conduite que j'ai alors pu voir au travail en montagne
  • Belle, patoune protégeant le troupeau de brebis allaitantes de Michaël

Et si on parlait troupeau ?...

Mêêêêê pourquoi pas. Connaissez-vous la brebis brigasque ?...

J'en étais sûr. Alors ouvrez bien vos yeux, vous allez découvrir l'une des plus belle brebis que vous n'ayez jamais vue.

Il faut se rappeller qu'il y a un paquet d'années de cela, les animaux d'élevage n'étaient pas calibrés et spécialisés comme ceux d'aujourd'hui. Prenez les vaches, pour l'exemple : bien que la tendance diminue un chouïa ces dernières années (ouf !), quelle vache envahit encore les prés pour nous fournir en lait d'un bout à l'autre du pays ? La Prim'Holstein, cette européenne noir et blanc qui peut produire jusqu'à cinquante litres de lait par jour !!!

Or, jusqu'avant guerre, avant l'insémination artificielle et, il faut le dire, avant la disparition en France des disettes, les animaux étaient devenus, à force de croisements et de sélections, spécifiques à chaque région de France et de Navarre. Poules, moutons, brebis, vaches, chèvres, cochons, avaient des caractères liés à la culture et à la géographie de leur région.

La brebis brigasque est une rescapée de cette aventure. Brebis laitière autant que brebis à viande, sa constitution robuste, ses longues pattes fines, sa toison épaisse, qui en font un animal plus proche visuellement de la chèvre que de l'ovin, lui permettent d'affronter sans peur ni reproche les rigueurs de l'hiver montagnard, les pentes rocailleuses, les longues transhumances et lui font préférer gratter trois herbes entre les cailloux plutôt qu'un pré gras et dodu - qu'elles ne refusent toutefois pas au printemps, comme le prouve la photo ci-dessus, prise à la Brigue en mai 2006.

Il y a, dans cette région, trois formes générales de sonnailles : les redons, comme celui ci-dessus, les platelles et les picons. Les platelles sont de forme rectangulaire, les picons sont de petites clochettes au tintement aigu. On trouve aussi des grelots, tintinabulant joyeusement au cou des chevrettes ou des agnelles qui, plus tard, seront susceptibles de mener le troupeau.

30 décembre 2006

L'ex-berger fait les niveaux : précisions sur ce qu'était la Vie...

Les propos précédents émanaient de ma petite et dévouée soeur - dont je vous recommande la lecture des blogs, non pas qu'elle me paye pour faire sa pub, mais parce que vous y passeriez un agréable moment - qui a tenté de retranscrire le peu d'informations que je daignais lui passer. De sorte qu'il en reste sur la fin l'impression que j'ai vécu dans un milieu tout à fait sordide et lamentable.

J'aimerais réajuster ces propos, par égard aux éleveurs et à la vérité.

Commençons par admirer le paysage qui s'offrait à mes yeux lors des gardes. Chez Pascal et Gisèle, je partais le matin vers neuf ou dix heures, après la traite. Colline, Pedro et Réglisse accompagnaient toujours la troupe ondulante et pressée d'aller vers les pâturages. Ce cliché a été pris en fin de matinée. Parti plus tard que d'habitude de la maison, j'avais eu conseil (jamais d'ordre !) de partir derrière la maison, de grimper et de suivre, en fait, le troupiau qui connaît tellement mieux que quiconque la pampa. Arrivé à une bonne hauteur, j'ai immortalisé ce paysage de bas sommet (environ 1.000 à 1.500 mètres au dessus du niveau de la mer) qui marque la frontière italienne, au fond. La maison et la bergerie se situent sur le versant invisible qui regarde la route de fond de vallée, au centre.

Je vous invite à observer, au premier plan, les restanques encore visibles, qui marquent dans un paysage qui reprend ses droits le passage, un jour, de femmes et d'hommes qui ont modelé la montagne pour y cultiver de quoi se nourrir. Les collines de la Brigue sont ainsi parsemées de ces terrasses magnifiques, retenues par des murs de pierres sèches que les brebis et les animaux sauvages font tomber petit à petit ; et de loin en loin, on déniche entre deux buissons une cabane en pierre, parfois une simple ruine, parfois le toit est encore là. Dans ce secteur, il s'en trouve encore une où il y a un coffre en bois, des ustensiles de cuisine rouillés, quelques bouteilles, et deux ou trois outils de jardin. Il faut aujourd'hui une bonne heure pour y accéder au travers de la végétation.

L'ex-berger vient raconter ses souvenirs

En réalité, je vais surtout vous innonder de photos que j'accompagnerai de commentaires légers et frais qui vous permettront de mieux en comprendre le sens et l'intérêt.

Mais d'abord, commençons par un clin d'oeil. Voici un petit véhicule que j'avais rencontré le jour où j'ai passé mon entretien d'embauche à l'APPAM, l'organisme qui m'a permis de vivre cette drôle d'aventure. Il était garé en bord de Méditerrannée, entre Nice et Antibes, un petit VW T2 Westfalia en dentelles de rouille, avec sa bonne bouille de camion hippie qui a vu du pays et du monde.

Quelques mois plus tard, à l'occasion d'un interlude en région parisienne, Fanny et moi craquons pour l'Escargot Fringant, T3 bicolore auquel nous destinons une aventure semblable, la rouille en moins. Vous pouvez, en attendant le blog de l'Escargot, retrouver Fanny.

02 octobre 2006

Echange de bons procédés

Alors que Benjamin termine son expérience alpine, sa fiancée Fanny, déjà évoquée à plusieurs reprises dans ce blog, débute la sienne, au nord du Cameroun. Les billets, mis à jour selon les disponibilités techniques et les informations communiquées, sont rédigés (avec adresse) par Benjamin lui-même. S'il risque d'y avoir un peu de silence, pendant l'absence montagnarde du rédacteur, vous pouvez d'ores et déjà consulter les premières impressions.

29 septembre 2006

Suite et fin

Vendredi 29 septembre 2006 : Benjamin reprend la route pour les Alpes, où il accomplira un mois de travail, en accord avec les éleveurs, avant de rompre le contrat. Il reviendra donc sur Paris fin octobre, et réfléchit déjà à ses futures activités.

18 septembre 2006

Démission

Revenu à Paris pour préparer le départ de sa compagne Fanny au Cameroun, Benjamin songe très fortement à démissionner de son emploi de berger en formation. Il semblerait que la manière avec laquelle ces quatre mois et demi se sont déroulés dépasse ce qui est imaginable.

Alors que la Lettonie est le premier pays d'Europe à équiper ses villes du Wi-Fi, qu'une étudiante au Chili a accès à l'Internet et à l'Intranet dans son université, et que Fanny au Cameroun aura un téléphone portable et accès à l'Internet, Benjamin, dans les Alpes françaises, était coupé du monde et circulait dix minutes en voiture avant de trouver du réseau pour son téléphone.

De plus, nous savions déjà que les conditions hygiéniques et alimentaires (absence de toilettes et de salle de bains, repas aux asticots et mouches...) rattrapaient le principe de l'éclairage à la bougie dans une vision moyennageuse de la vie, mais les éleveurs délivraient de surcroît des fromages non contrôlés, sans droit de présence sur les marchés.

D'autres évènements que Benjamin n'a pas encore décrits lui font voir le monde d'un autre oeil. Comme il le dit, nul besoin d'aller à l'autre bout du (tiers-)monde pour cela, 600km dans un pays défenseur des Droits de l'Homme (et du salarié) suffisent.

Je vous tiens au courant de l'évolution de la décision, et j'essaye d'obtenir plus d'informations sur la vie alpine.

23 août 2006

Silence radio, et reportage télé

Voilà quelques moments que je n'ai pas mis de message sur ce blog, faute de temps, d'une part, faute de nouvelles, d'autre part. Ce que je retiens des infos grapillées dans le vent, par ci et par là, c'est l'immense sentiment de solitude auquel est actuellement confronté Benjamin. Sujet paradoxalement prolifique dont j'aurai peut-être l'occasion de parler lorsque j'aurai revu le berger, qui remonte pour trois semaines de congé début septembre. Alors, en attendant, patience... et comptez les moutons, ça vous aidera!

Récemment, sur Arte, a été diffusé un documentaire sur la formation d'un jeune berger dans les Pyrénées. Le résultat est très proche de celui de Benjamin (entre les Alpes et les Pyrénées, les animaux ne varient guère), et seul le loup alpin se change en ours pyrénéen.
Je regrette toutefois qu'Arte ne fasse que du... Arte, avec tout ce que cela sous-entend concernant le ton donné au reportage. Malgré tous les efforts de la chaîne, les bergers modernes restent des barbus gigacapillaires pas très propres, atteints de marginalité bénigne générale, et qui accusent le loup et l'ours de nombre de leurs pertes et omettant les oh! combien plus nombreux chiens errants. On s'attend même à ce que le journaliste, soucieux de donner la juste information, demande au berger : "Et ça vous ennuie, quand une de vos bêtes meurt?" Bref, ne manquent que la flûte (on a eu droit aux chansons locales et à l'accordéon, c'est un moindre mal) et le berger chapeauté assis sous l'arbre, et le reportage pour les naïfs urbains que nous sommes est parfait.

28 juillet 2006

Aquarelles

Ci-dessous, une série d'aquarelles prêtées par les biomanes du berger.
J'espère renouveller la série!

N'oubliez pas de mettre la musique, juste en-dessous de l'horloge...